Vivre sur un voilier: plus qu'un rêve...
Vivre sur un voilier: plus qu'un rêve. . .
Voilà un projet qui me tourne dans la tête depuis des années... bien plus qu'un projet, je dirais plus une illusion, un fantasme, une relique de rêve laissé dans mon esprit par les récits des Christophe Colomb, Shackleton ou autres Capitaine Nemo... Pas moyen d'aller en direction de la mer sans faire un tour au port, à songer à ces voyages, à admirer ses bateaux, à regarder les magasins d'accastillage...
Et puis le temps passe, et d'autres projets se réalisent... et pourquoi pas celui-là? il faut dire que je n'ai rien d'un marin; pas évident en étant bourguignon, vivant au milieu des bois ou des pâtures. Il est vrai que j'avais bien commencé en commençant à envisager d'habiter sur une péniche à Paris en 1996; pas très marin, mais ça aurait pu être un début... Mais non... Alors en 2001, alors que j'étais en Afrique du Sud, j'essaie avec un bateau qui passait à Cape Town pour rejoindre le Brésil; mais le contact se perd.
Régulièrement, l'idée réapparait dans ma petite tête d'éternel gamin qui ne vit que par ses rêves. Pour avancer, bien que ce ne soit pas nécessaire pour un voilier, je passe mon permis côtier en 2002 et l'hauturier début 2006.
Il y a un autre essai de passage à l'acte en avril 2006 lorsque qu'on devait quitter le foyer étudiant: on s'est pris à se renseigner pour acheter un voilier au lieu d'un appartement; ce ne sera pour cette fois non plus. Mais je ne cesse de penser à cette petite bretonne qui me disait qu'on pouvait trouver des petits voiliers à partir de 80 000 francs (+/- 12 000 euros).
Septembre 2006: L'idée continue de faire son chemin et se précise. Je m'inscris au CNN, le Club Nautique de Nice. Là, j'apprends les rudiments, d'abord sur un catamaran (hobbiecat 15) puis sur un petit habitable (un Surprise). Je commence à toucher les éléments et ce n'est pas gagné: un peu de mal de mer quand le vent disparait ou lorsque la faim ou la fatigue sont de la partie, pas un super feeling pour savoir d'où vient le vent... mais bon, ça viendra, il faut y croire.
Février 2007: à force de me ballader sur le port de Nice, de me renseigner, on m'indique un Voilier qui serait à vendre: le SPES, un Gib'sea 28 (quillard) qui me parait en bon état. Prise de renseignements, contact: le propriétaire est un ancien commandant de gendarmerie maritime. Il nous explique son bateau, les travaux faits dessus, son superbe état, son entretien digne des TIG militaires. On sent le passionné de la mer, intarrissable quand il part
dans ses discussions.
Le bateau est superbe, en parfait état, prêt à prendre la mer. Il fait 8m50 x 3m, 1m55 de tirant d'eau; il est de 1981. Il le vend 30 000 euros. C'est cher pour ce bateau selon l'argus, mais son état est vraiment exeptionnel.
On est déjà dans nos rêves: on vogue de ci-de là, on visite la Corse, les îles le week-end, et bien plus encore, traversant les océans comme Ulysse... L'euphorie s'empare de nous, les rêves de gosse prennent le dessus.
Mais apparait un problème beaucoup plus important: la place au port. La côte d'Azur est bien connue pour ne plus avoir de place. Le commandant est "passager longue durée": je ne peux pas avoir la place, si ce n'est quelques mois pour me retourner. J'essaie alors de négocier avec le Port de Nice: j'ai besoin de la place pour 2 ans (18 mois pour payer le bateau, et j'aimerais rester 6 mois supplémentaires pour mettre de l'argent de côté pour voyager).
Le rendez-vous est pris: je discute avec une charmante dame fort agréable (loin de l'idée qui se propage sur les qualités d'accueil des personnels de port). Argument après argument, elle est d'accord pour proposer mon deal au conseil général, nouveau propriétaire du port. Donc j'envoie ma lettre
Fin mars 2007: après quelques semaines d'attente et relances, la réponse tombe: nous avons 24 mois devant nous après la date d'achat. Quel soulagement! Plus rien ne nous empêche de réaliser cette folie. Immédiatement, on prend congé de notre appartement et nous serons donc à la rue fin juin. On prend rendez-vous avec le commandant pour établir un planning d'achat: on signe le 1er mai, et on prend officiellement le bateau le 1er juin. Nous sommes heureux.
25 mars 2007: on visite le Boat Show de Nice. On découvre que si 8m50 c'est petit (je ne peux pas tenir debout à l'intérieur et on doit se contorsionner à chaque mouvement), très rapidement la place se fait. Un simple 9m50 ou 10m50 ouvre des horizons complètement différents: la qualité de vie serait complètement différente. On commence à douter de notre choix. Mais les prix nous ramène à la raison: pour un mètre supplémentaire, le prix au minimum double.
30 mars 2007: c'est au tour du salon nautique d'Antibes de recevoir notre visite... sous la pluie! Rien de réjouissant, mais un petit air de Bretagne qui pourrait être amusant si les stands n'étaient pas fermés faute de visiteurs... On fait quand même un petit tour sur les ponts et nous approchons d'un voilier encore plus petit que le notre, 7m49. Curieux de voir l'aménagement intérieur, on se fait inviter par le vendeur à découvrir ce bateau. Si le bateau est amusant, le vendeur est d'autant plus intéressant. Une longue discussion s'instaure: lui-même vit sur un bateau à Saint Laurent du Var. On discute de tout, de la qualité de vie sur un bateau malgré les inconvénients, de la phylosophie de vie, etc... Lui aussi émet un doute sur le fait que je ne puisse pas tenir debout à l'intérieur du SPES, mais aussi sur le manque de confort comme une douche intérieure et le manque d'eau chaude.
Il nous indique la disponibilité d'un autre voilier, un bateau suédois appartenant à un médecin qui veut le vendre...
2 avril 2007: je recherche ce médecin qui me dit de commencer par aller voir le voilier avant de le rappeler, et qu'un ouvrier travaille dessus (Jean, tout un personnage aussi, inévitable au port de Nice, mais on aura bien d'autres occasions de vous le présenter). On va donc voir ce fameux bateau. Quel bateau! on découvre un "vieux" voilier, ressemblant à un chalutier, un Nauticat en bois à la coque bleue.. Quelle personnalité! Mais la différence de prix n'en vaut pas forcément le coup...
Mais à ce moment, Jean nous indique qu'il y a un autre médecin qui veut "se débarasser" rapidement de son voilier. On va y jetrer un oeil de l'extérieur: on l'avait déjà repéré une fois, en se disant que ce devait être un bateau sympa auquel il ne manquerait pas grand chose pour être terrible.
03/04 avril 2007: chacun notre tour, on va le visiter avec son propriétaire, ancien chirurgien ORL à la retraite, qui a fait construire ce bateau sur des plans d'architecte. 13m70, coque en acier, pont en teck, 3 cabines, très joli intérieur, très bien équipé, ...; et ce coup-ci, je tiens debout, et il y a douche, eau chaude, four, etc... Mais lui doit rejoindre sa fille qui s'est installée au Brésil dans quelques jours.
05 avril 2007: on repasse le voir pour établir un prix... il nous montre les plans, les photos de la contruction, discute de la qualité du travail, d'une expertise faite à 100 000 euros... de mon côté je lui parle des travaux qu'il y a à faire, ce que le temps à usé, des choses à faire... mais pas possible de trouver un compromis... nous n'avons que 2 ans au port... impossible de monter aussi haut qu'une autre offre qu'il a eu...
J'y croyais pourtant... On ressort déçus, j'ai le coeur gros, prêt à pleurer de déception... Sommes-nous obligés de nous limiter à de petits rêves parce que nous ne sommes pas nés dans de riches familles?
09 avril 2007: on va voir le Boat Show de Mandelieu (où on ne trouvera que de gros yatch quasiment..). Au retour, jour férié ensoleillé oblige, embouteillage sur des kilomètres. On s'arrête sur le côté de la route pour faire passer le temps, on passe au Mac Do pour acheter des hamburgers qu'on va manger sur un parking en face. C'est dans ces conditions complètement désinvoltes que l'on prend la décision d'acheter le 13m70, plus ou moins sur un coup de tête... On rappelle le Docteur qui est ok pour nous vendre le voilier... Nous voilà avec le coeur léger, même si on fait n'importe quoi: on n'y connait rien, on n'a pas essayé le voilier, pas sorti pour voir la coque, pas même sorti en mer ou vu les voiles..., aucun accord avec nos banques, on ne sait pas où on va rester après les deux ans pour finir de payer.... mais là, on s'en moque. On est bien. On se fait le rêve comme on en a envie.
10 avril 2007: Je passe à la capitainerie de Nice: le Docteur avait sa place: par conséquence, en me vendant son voilier, je passe en "passager longue durée"! Donc pas de limite de durée... on peut rester tout le temps qu'on veut, tout le temps nécessaire pour payer le bateau! et en plus, on a un tarif pour une place de parking au port... magnifique!
17h45: on joint nos banques respectives: trop court pour nous donner une réponse définitive, mais a priori, ils ne voient pas de problème à nous prêter l'argent nécessaire.
18h20: j'appelle le docteur pour lui confirmer... ça y est, c'est parti ! ! !
11 avril 2007: ce matin, le docteur s'envole pour le Brésil. Le rendez-vous est pris pour le 24 mai prochain, où il reviendra pour quelques temps en France. Aujourd'hui est aussi le jour de la remise officielle de notre Diplôme d'Etat d'Infirmière... 20h30: j'appelle le commandant pour lui expliquer la situation, et qu'on n'achètera pas le SPES (qui restera notre premier espoir de navigation).
12 avril 2007, 23h: on ne peut s'empêcher de penser à ce bateau... Nous ne sommes pas retournés le voir ensemble depuis qu'on a décidé de l'acheter.. Allez, allons fêter notre prochaine demeure avec un peu de boisson pétillante sur le pont de celui-ci (qu'on ne manquera pas de rebaptiser), en s'imaginant sous les étoiles ou simplement chez nous...
04 mai 2007: un appel de la Banque nous chiffonne un peu: les frais d'emprunts s'élèvent à 10500 euros, soit 20 fois plus que ceux pour un prêt du tiers du montant. Et bien, il va falloir voir ce que nous proposent les autres banques... La semaine prochaine, il faudra faire des devis.
08 mai 2007: après avoir bosser de nuit, on part faire une ballade en kayak dès 8h00, en prenant le petit-déjeuner sur la plage, en se faufilant entre les voiliers mouillés à Villefranche: on profite de ce temps à nous, en faisant quelques plans sur la planète. En rentrant au port, pour le plaisir, on passe voir le voilier. Et là, on remarque que le bateau est ouvert.... mais que se passe-t-il? y aurait-il un nouveau propriétaire? est-il rentré plus tôt que prévu du Brésil? ou est-ce quelqu'un chargé de faire de l'entretien? Il faut en avoir le coeur net. Je toque, je hèle.. personne ne me répond.... Seul sort du carré une sorte de tuyau qui vient se terminer dans le cockpit... ça ne me dit rien qui vaille... Je monte à bord, descend dans le carré, où je découvre un spectacle qui ne m'enchante pas: il y a de l'eau dans les cales, une batterie est détachée, et c'est bien une pompe de cale d'appoint qui étend son appendice de reflux vers l'extérieur. Après quelques renseignements auprès de Jean qui travaille sur un autre voilier , le Cyrus a eu une voie d'eau d'origine pour l'instant inconnue. La capitainerie et les pompiers, avertis par un voisin bien attentionné, ont dû ouvrir le bateau, arrêter la fuite, vider l'eau de mer et ont laissé cette pompe au cas où l'eau recommencerait à s'infiltrer.
Les conséquences de cet épisode: je suis un peu plus perdu, et j'ai un peu plus peur. Quelle est cette fuite? d'où provient-elle? quels dégats au moteur (alternateur, démarreur...)? confirmation que le bateau a bel et bien vielli même s'il n'a que peu été utilisé... à quelles autres avaries faut-il s'attendre? il va falloir sortir le bateau pour le réparer, la fuite, le moteur... pour ça, il faudra le remorquer jusqu'à Villefranche, il faudra le montrer aux assurances...
Combien de temps? et notre planning si serré...? va-t-on se retrouver à la rue? si il sort, faut-il en profiter pour engager dès le début des frais de remise en forme (carénage, cvhangement du presse-étoupe, des vannes, etc...)? faut-il toujours l'acheter? faut-il voir en cet accident une aubaine pour avoir du matériel neuf, faire baisser le prix... ou faut-il y voir un message qui dirait " non, ce n'est pas une bonne idée.. pas celui-là.. ou pas de bateau...".
11 mars 2007: on se renseigne à la Capitainerie sur ce qui s'est passé: c'est une durite de refroidissement qui a laché, faisant rentrer ainsi des dizaines de centimètres d'eau de mer dans le compartiment moteur... il faudra évaluer les dégats engendrés par ce fluide si sympatique lorsqu'il nous porte, mais si dangereux lorsqu'il s'infiltre à l'intérieur...
Pendant ce temps, on enchaine les visites dans les différentes banques... et je ne peux m'empêcher d'aller visiter régulièrement ce vaisseau qui nous attend pour être enfin bichonné... En effet, l'expérience nous montre plusieurs choses: le docteur n'était pas expérimenté et n'entretenait pas beaucoup son bateau (durite fatiguée couplée à une vanne non fermée pendant son absence, pompe de cale non fonctionnelle voire absente...), et de surcroit, elle confirme mon idée initiale (le bateau, même s'il n'a que très peu servi, a vielli... ).
Je me pose également de plus en plus de question sur le bon fonctionnement de tout ce qui est à bord... Pompe de cale, batterie, chargeur, mais aussi tout le matériel de navigation (sondeur, radar, GPS, VHF, ...)...
Alors on continue d'attendre... sauf que maintenant, on se demande comment on va pouvoir se sortir de ce mauvais pas... le puzzle des assurances, des réparations, le nouveau deal avec le docteur, etc... et tout ça en peu de temps....
23 mai 2007, 20h: ça y est, le rendez-vous avec le propriétaire, tout juste revenu du Brésil, est confirmé pour demain, 10h...
Après y avoir réfléchi quelques secondes, on a trouvé une solution de rechange si jamais l'affaire du Cyrus ne fonctionnait pas: on démissionne et on part bosser à la Réunion ou en Nouvelle-Calédonie (ou ailleurs, on n'a rien décidé...). Nous ne sommes désormais plus dos au mur, nous avons un plan B, nous laissant plus de liberté et un réel choix quant à l'achat de notre futur Home Sweet Home...